Le consensus idéologique au secours de l’économie africaine

Le dépècement de l’Afrique dès Berlin 1884-1885 a conduit, dès les indépendances, à la formation d’Etats non seulement géographiquement divisés, mais aussi économiquement, politiquement et militairement concurrents. L’existence de micro-Etats favorise d’une part la fragilisation économique du continent -du fait de l’impossibilité de former un bloc solide pour défendre les intérêts des peuples africains- et d’autre part l’affaissement politique et idéologique des Etats pseudo-souverains qui n’hésitent pas, sous l’effet de manipulations extérieures ou non, à se livrer des guerres proprement insensées. Le retour à une vision originale et partagée de l’organisation économique est impératif.

L’absence d’une ligne de pensée et d’action claire et partagée par l’ensemble des dirigeants africains fragilise la souveraineté des Etats africains. La dépendance idéologique est source de soumission économique, politique et culturelle. Autrement dit, l’impossibilité de forger une identité idéologique en Afrique facilité la domination du capitalisme occidental. Le capitalisme ultra-libéral, déjà inacceptable, s’associe ici à la corruption, le tribalisme, etc. pour donner un flou idéologique évident.
Les années 1987-1988, qui marquent le début de la mise sous ajustement structurel des Etats du tiers-monde, symbolisent également l’expansion d’un libéralisme sauvage. Par le biais de l’arme de la dette, il a été imposé par la Banque mondiale et le FMI un ensemble de mesures structurelles –c’est-à-dire touchant l’organisation de l’économique et le rôle de l’Etat – favorable à la privatisation, à l’ouverture des barrières douanières et à des licenciements abusifs. Ces décisions se sont avérées à la fois inefficaces et suicidaires pour les Etats concernés. Le piège du libéralisme continue de frapper l’Afrique. Cela ne peut durer.
Nous estimons qu’une alternative au capitalisme mondial est salutaire pour l’Afrique et les pays pauvres en général. Il faut substituer au capitalisme un système de production soucieux du bien-être et de la dignité du travailleur. La richesse d’un Etat est générée par les producteurs élémentaires que sont les ouvriers, les paysans et les autres employés plus ou moins négligés dans la distribution de cette richesse. Le drame du capitalisme, c’est d’instrumentaliser leur force de travail au profit de quelques grands propriétaires. Seul un Etat fort et social peut stopper une telle injustice. L’implication de l’Etat dans la gestion de l’économie et dans la redistribution des richesses peut atténuer l’exploitation privée de la force de travail et des ressources naturelles des peuples africains. Cela ne signifie pas la fin de l’initiative privée, mais sous-tend la régulation étatique des investissements privées afin qu’ils ne servent plus exclusivement les intérêts capitalistes. L’ingérence de l’Etat est synonyme de création d’emplois sécurisés, de gestion pertinente des échanges extérieurs, d’encouragement à l’initiative responsable, d’extension d’une éducation reflétant notre héritage culturel, de maitrise exclusive des secteurs clés (énergie, port, système monétaire). C’est une réelle indépendance économique, politique et culturelle qui est visée. La mise en œuvre de ce système de production ne peut se faire qu’à l’échelle de plusieurs nations. C’est dire qu’elle exige une cohérence des décisions à l’échelle du continent.

L’indispensable concertation continentale

L’harmonie dans la conduite des peuples des peuples est une exigence souvent négligée par des politiques trop soucieux de questions de leadership. Or le seul vrai leadership, c’est celui de la concertation à l’échelle du continent. Le peuple africain est un tout. A défaut de cohérence dans sa gestion, il est voué à une fragilité susceptible de l’exposer aux appétits des puissances prédatrices.
Depuis 1963, les Etats africains nous servent des ouvertures politiques truquées et n’osent pas réaliser des pas décisifs vers l’unité politique du continent. Les regroupements sous-régionaux, étapes nécessaires vers des ensembles plus globaux, marquent le pas au gré des obstacles divers surgissant au rythme de la désinvolture générale des dirigeants.
Mais la nouvelle génération est là. Elle est prête à tenir les rennes. Elle sait devoir s’unir. Elle s’est formée à l’école des vertus de la concertation et du dialogue. Consciente de sa noble mission historique, la jeunesse doit construire un réseau de relations diversifiées. La mise en réseau des forces nouvelles doit s’enclencher au niveau tant individuel que collectif. A la dimension de l’individu, il est impératif d’avoir un sens poussé du relationnel en établissant, constamment, de solides liens avec les patriotes de tout le continent. On investira ainsi tous les canaux, y compris et surtout Internet, grâce auxquels non seulement on diffusera et renforcera nos convictions, mais aussi on édifiera des réseaux solides et mutuellement stimulants. A l’échelle collective, les groupes et associations du continent ont intérêt à se lancer résolument dans un élan de concertation. Il est intolérable que l’absence de coordination des activités fasse régulièrement échouer nombre de projets menés par des groupes défendant l’unité et le progrès de l’Afrique. C’est une image négative qui ne réussit qu’à conforter les thèses pessimistes. Mettons-y fin. Nouer des contacts, projeter des actions concertées, agir en rangs serrés, échanger, bref, donner l’exemple de cette union que nous souhaitons réaliser à une échelle plus complexe.
L’acquisition d’une véritable souveraineté est au prix de la consolidation des liens entre les Etats africains jusqu’ici dotés d’une relative autonomie plutôt que d’une effective indépendance. Les manipulations extérieures, qui conduisent au pillage systématique des ressources de l’Afrique, sont intraitables par des micro-Etats. La création d’une zone monétaire africaine, d’un marché commun africain par exemple pourrait limiter la dangereuse extraversion des économies africaines. Nous sommes à l’ère des grands ensembles économiques fonctionnels et pas simplement statutaires.

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Schémas tactique provisoire (tactique dite de l’effet boule de neige)
1- Elaboration d’un nouveau système économique propre au Cameroun 2– Application souveraine et prudente (éviter les représailles, mesures évolutives, choix de partenaires circonstanciels surtout)- 3- Diffusion du modèle progressive au sein de la CEMAC et intense activité diplomatique à l’échelle du continent en vue d’asperger la scène continentale des bienfaits du nouveau système- 4- Entrée en vigueur tout aussi souveraine au sein de la CEMAC- Diffusion renforcée au sein des autres organisations sous-régionales- Application au sein desdites sous-régions 5- unification totale du continent sur la base d’une alternative économique efficace. Etape 0 : Concertation et mise en réseau des jeunes autour du programme socialiste africain précédent. Ce pour quoi nous sommes réunis ici.