Les errements récents des services de sécurité présidentiels illustrent l’obsession sécuritaire d’un régime incompétent qui compte perdurer par la terreur.

On se croirait en avril 1984, au moment où, suite au coup d’Etat manqué de la troupe au capitaine Guerandi Mbara, l’Etat s’était livré à une répression injustifiable des libertés individuelles. Deux affaires remettent à jour la paranoïa sécuritaire qui anime, depuis les émeutes de février 2008, le régime Biya. Il y a d’abord l’affaire Fube Roland Fonwi Tita, du nom de ce professeur de l’enseignement du second degré dans le sous-système éducatif anglophone. Son arrestation le 30 janvier a été motivé par l’alibi fantaisiste d’outrage au chef de l’Etat. En réalité, cet honnête monsieur a été copieusement interrogé par la garde présidentielle au sujet d’un éventuel coup d’Etat en gestation alors qu’il n’avait fait que s’indigner, à juste titre d’ailleurs, du blocage de la circulation par le cortège présidentiel. Ensuite, il y a ce malheureux proviseur, Jean Paul Wotadji, relevé de ses fonctions pour avoir déclaré à son journal scolaire que le qualificatif d’ « absentéiste » convenait à Biya comme de gants. Les services de sécurité ont très vite été au courant de l’affaire, de sorte qu’on a bien l’impression qu’ils fouinent partout, ceux-là.
On peut donc se féliciter d’avoir des services de sécurité très avertis au point d’enquêter sur les moindres détails susceptibles d’entraîner la subversion au sein du corps social. Leur grand mérite est, assurément, de verser dans un arbitraire qui relève d’une paranoïa normale pour tout régime en déchéance. Le régime Biya entame, il est évident, la phase de déclin inexorable qu’a déjà amorcé le pouvoir de Mugabé.

La sécurité, une priorité
Au rang des chantiers prioritaires du septennat (2004-2011) figure, en bonne place, la préservation de la paix et de la sécurité. En effet, il y est allégué que « La paix et la sécurité étant les conditions sine qua non de la démocratie et du développement, nous nous efforcerons, comme par le passé, de les préserver, en privilégiant le recours au droit international et à la négociation » (www.prc.cm). C’est bien dommage que le massacre et le musellement des libertés aient pris le pas sur la négociation. On se souvient qu’alors que les violences de février 2008 atteignaient leur paroxysme, le chef de l’Etat fit une allocution fracassante au terme de laquelle il déclara que « force restera à la loi ». Or la loi, encore plus la Constitution Camerounaise, s’oppose ouvertement à l’embrigadement des libertés et l’extermination des populations innocentes. A l’allure où croît la frénésie sécuritaire du régime Biya, il est à craindre que tous les corps sociaux soient infestés d’agents secrets et que la surveillance de citoyens déjà affaiblis par la misère s’érige en garantie sécuritaire pour le pouvoir. De même, la censure véritable des médias reviendra au galop pour supplanter une autocensure elle-même drôlement pernicieuse. Le régime policier dans lequel nous nous enfonçons n’aura de contre-poids que la vigueur d’une révolte populaire décisive aux fins de renverser définitivement le régime.

En matière de sécurité, l’urgence est ailleurs
C’est excellent de s’acharner sur d’innocents citoyens alors que les malfrats opèrent paisiblement jusque dans les édifices publics. Les cambriolage de la DGSN, du Ministère de l’Education de base (18 février), du Ministère des relations extérieures, du TGI du Mfoundi (10 février), des banques de Limbé et les évènements de Bakassi sont autant de coups fumants facilement perpétrés sur des symboles de la souveraineté nationale dans l’insouciance et l’impuissance déconcertantes des services de sécurité. Rien de surprenant puisque le recrutement dans nos forces de sécurité et de défense est loin d’être motivé par une véritable vocation, mais par la volonté de se mettre à l’abri du besoin. Les attaques récurrentes des populations du Nord par les coupeurs de routes achèvent de montrer qu’il est trop facile de construire la sécurité nationale sur l’arrestation de paisibles gens. C’est un aveu d’incompétence que de se rabattre sur une population sans défense. L’échec du pouvoir Biya est avéré, et tout ce que le peuple camerounais attend de lui, c’est la démission.