C’est curieux. L’Europe et l’Amérique s’indignent de la légitimité consolidée de Chavez à l’issue des élections locales du 23 novembre 2008. Curieux et classique entêtement que celui des chantres du libéralisme fraîchement frappés par la crise financière. C’est que, populiste, Chavez est le porte-parole d’un continent sud-américain souverain et dissident face l’idéologie ultra-libérale dominante.

Depuis son accession au pouvoir le 02 février 1999, Chavez mène la politique qu’il a lui-même qualifiée de « processus révolutionnaire démocratique et pacifique ». Ladite révolution, bolivarienne, s’inscrit dans une profonde ambition de servir les pauvres et rétablir l’égalité entre les différentes classes de la société vénézuelienne. Il s’agit donc d’une redistribution des richesses qui comme telle implique, quoiqu’on dise, une ingérence efficace de l’Etat dans le circuit économique ; ce que Washington n’est pas prêt d’accepter. Dans cet élan socialiste, il entreprend, dès novembre 2001, une longue série de réformes : une vaste redistribution des terres est engagée doublée d’une loi sur les hydrocarbures augmentant l’intervention de l’Etat et les royalties. En dépit de l’opposition et des manifestations lancées en décembre de la même année par

la Confédération

des Travailleurs Vénézuéliens (CTV), il parvient à implémenter les réformes et à édifier, dès 2004, des programmes sociaux pour l’accès à l’éducation et à la santé.

Dans un article paru dans El Pais le 20 octobre 2008, Alberto Barrera Tyszka souligne la dépendance et le succès de la révolution bolivarienne au boom pétrolier. Il oublie, à notre avis, que le socle du phénomène Chavez réside en sa volonté de servir le peuple. Nation first, dirait-on. Un mot d’ordre qui conduirait certainement les dirigeants africains vers une souveraineté économique et politique solide.

En effet, dans Le krach du libéralisme, récente livraison de Manière de voir (no 102) du Monde diplomatique, il est clairement disséqué la décrépitude du libéralisme que l’Occident, via le piège des institutions de Brettons Woods, ont imposé à l’Afrique suite à la crise économique de 1987. Avec l’appui de l’excellent somnifère (Paul K. Fokam, Et si l’Afrique se réveillait ?) qu’est l’aide internationale on s’est vite retrouvé dans un système économique mal ajusté aux réalités locales et aux aspirations du peuple. La leçon de Chavez, c’est que la politique doit se soumettre au peuple et non le contraire. C’est à ce prix, et à ce prix seulement que le redressement du continent passera de l’utopie au projet.