La qualité de l’éducation hypothéquée. Urgence de refonder les méthodes de recrutement des élèves-professeurs.

Les résultats d’entrée au second cycle de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, publiés le 06 septembre dernier, ont suscité l’indignation des étudiants de

la Faculté

de Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Dschang. Ils s’insurgent contre les pratiques pas très claires ayant entraîné l’admission pour la filière de philosophie de deux étudiantes que les textes n’autorisent pas à concourir. Il s’agit précisément d’une étudiante en géographie et d’une étudiante en Droit ayant été admises été admises au second cycle de philosophie de l’ENS respectivement avec une Licence en géographie et en histoire alors que les titulaires de Licence de philosophie échouaient tous au même concours. Selon les étudiants contestataires, le texte régissant le concours d’entrée au second cycle de l’ENS de Yaoundé (pour l’année académique 2008-2009) stipule, en son article 3, que les candidats doivent « Etre titulaire d’une Licence ou Bachelor Degree correspondant à la série sollicitée ou d’un diplôme reconnu équivalent par le Ministre de l’Enseignement Supérieur ». Ils estiment dès lors que les dossiers de ces deux candidates étaient tout simplement irrecevables. Pourtant, interrogé sur les curieuses admissions, le Pr Charles Robert DIMI, Doyen de

la FLSH

, rassure en alléguant que « les textes ne sont pas restrictifs » et par conséquent ouvrent la possibilité à des candidatures de « tronc commun ».

Mafia

Selon les témoignages concordants, n’ayant pas pu trouvé de « places achetables » dans les sections géographie et Conseiller d’orientation, les places ayant toutes été attribuées avant leur arrivée, nos candidates se seraient rabattues sur la section philosophie où des places étaient encore disponibles. Fossi Victorin, candidat malheureux, souligne la sérénité déconcertante avec laquelle elles abordèrent les épreuves pourtant étrangères à leurs domaines de compétences. Sollicité sur la question un enseignant du département de philosophie qui souhaite garder l’anonymat se dit frustré par les « pratiques tortueuses évidentes » ayant marqué, à son avis, le recensement des dossiers et la gestion des résultats.

Pratique généralisée

De source estudiantine, de tels dérapages sont légion au concours de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé. Des rumeurs persistantes font état de littéraires réussissant ledit concours en physique et vice versa. Déjà, nombreux sont-ils qui regrettent déjà d’avoir naïvement déposé leurs dossiers pour l’admission à l’ENS de Maroua.

Vous avez dit éducation de qualité ?

C’est tout le système éducatif camerounais qui perd sa crédibilité, et faudrait pas être surpris des répercussions de telles pratiques sur le niveau des élèves. La médiocrité de ceux-ci découle nécessairement de la rareté de formateurs véritablement qualifiés. C’est à un toilettage complet de nos mécanismes de recrutement des élèves-professeurs qu’on doit assister. La lutte contre la corruption en milieu éducatif nécessite de réels efforts de la part des dirigeants. Car il y a, en toile de fond, une grave dégradation morale et une hypothèque de la probité morale des enfants. En effet, comment un enseignant ayant atterri dans la fonction grâce aux pots-de-vin et/ou au tribalisme-népotisme pourra-t-il légitimement inculquer à ses élèves les notions de loyauté, honnêteté, probité, patriotisme et que sais-je encore ?

Le matricule à tout prix !

Dans un environnement socio-professionnel incertain et flou, il devient urgent de se mettre à l’abri des aléas du secteur privé en s’adjugeant un « matricule ». Cette argumentation fait autorité dans le milieu universitaire et ouvre la voie à n’importe quelles mécanismes, à condition de se faire recruter dans la fonction publique. Le public serait donc définitivement devenu un gîte sûr. Mais voilà, l’Etat, qui aime très souvent le rappeler, ne peut absorber tout le flux de diplômés sortant des  universités. Vous comprenez que la compétition est serrée et tous les coups sont permis. Evidemment, n’allez pas dire au gouvernement de redéfinir sa politique éducative afin d’orienter les étudiants vers l’auto-emploi. On vous rétorquera que

la LMD

a tout fait. Sauf que notre cher LMD est purement et simplement du bricole de haut niveau.

Il y a tellement de choses à changer que l’apport de tous devient impératif. Le rêve camerounais n’est pas impossible ; un Cameroun épuré de la désolation et fier de sa compétente jeunesse n’est pas qu’un rêve : il est un projet. Un projet qui, cependant, exige un nettoyage complet de la classe politique actuelle et l’érection d’un nouveau leadership plus conscient des aspirations profondes de la nation et de son rayonnement planétaire.

We can overtake the barriers of the unwholesome situation we live in. Just be volunteer and we can forge ahead towards a glorious future.

                        

                                               May God forgive us.