Les notions de Droits de l’Homme et de libertés s’implantent difficilement dans le vécu quotidien africain, et ce en dépit des garanties juridiques et des pressions internationales. L’urgence d’une revitalisation des libertés fondamentales demeure pourtant indissociable, selon la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, des aspirations profondes du peuple africain.

« La liberté, l'égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels à la réalisation des aspirations légitimes des peuples africains ». C’est ce qu’énonce le préambule de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi, Kenya, lors de la 18e Conférence de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et entrée en vigueur le 21 octobre 1986. De telles prescriptions seraient tombées aux oubliettes, si l’on en juge par la situation des Droits de L’Homme en Afrique, et ce malgré le vent de démocratisation l’ayant secoué au début des années 90. Génocides, incarcérations politiques, terrorisme, viols, meurtres, musellement de la presse, crimes de guerre et piétinement de la liberté d’expression, les atteintes aux libertés fondamentales inscrites dans la DUDH (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) et dans la Charte Africaine des droits de l'homme et des peuples se multiplient.

Au Darfour, les autorités soudanaises, des milices et des mouvements rebelles ont commis de graves infractions aux Droits de l'Homme et au droit humanitaire. Les actes de violence perpétrés contre les femmes et les filles, en particulier les viols systématiques, ont constitué de sérieux problèmes au Soudan. La situation est similaire en RDC, en RCA, au Burundi, etc. Dans ces contextes de guerre, l’enrôlement des enfants au sein des milices, l’expropriation patrimoniale et l’extermination de villages tout entiers deviennent taboues. Sans doute, les tueries post-électorales au Kenya et l’éventualité de l’explosion du Zimbabwe ne viennent que décorer un contexte humanitaire déjà lugubre. La liberté de penser et de dire (la liberté d’expression) ne va pas mieux. Elle baigne dans une atmosphère de précarité qu’illustre fort bien les récentes arrestations de journalistes et les sanglantes répressions de manifestations populaires contre la faim (Cameroun, Burkina-Faso, Niger, Mali, Mauritanie ,Haiti etc.) . La démocratie, dans son versant Droits de l’Homme, s’écroule sous le poids d’attitudes rétrogrades manifestement hostiles au bonheur du peuple africain. Pourtant, de bons élèves des Droits de l’Homme ne manquent pas sur le continent. L’Afrique du Sud par exemple fait figure de proue en la matière.

Droits de l’Homme à l’africaine, pourquoi pas ?

Le tableau est suffisamment sombre. Que sais-je ? Peut-être serait-il plus judicieux repenser des Droits de l’Homme à l’africaine et par conséquent d’en conclure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ? On aboutirait très vite, dans ce cas, à l’odieuse hypothèse d’une adaptation arbitraire et infinie desdits Droits selon les velléités dictatoriales des politiques. L’instrumentalisation en sortirait renforcée et les traitements inhumains, légalisés. La torture, par exemple, pourrait très bien être considérée comme acceptable dans tel pays et immonde dans tel autre ! L’universalité des libertés fondamentales en serait sérieusement ébranlée, et le spectre d’Auschwitz planerait en toute quiétude sur toute la planète. Heureusement, on n’en est pas là. Quoi qu’en dise François Jullien (Le Monde Diplomatique, Février 2008, p. 24-25), les Droits de l’Homme ne s’assimilent aucunement à une réalité indéfiniment manipulable et étrangère à certains peuples. A la vérité, le respect de la dignité et de l’intégrité des citoyens sont des qualités auxquelles l’Afrique s’imprègne, mais difficilement.

L’indispensable révolution humanitaire…

Le plus dur demeure désormais de favoriser l’émergence et la consolidation. Il s’agit en fait d’une exigence indispensable pour le développement et l’unité du continent. Dans cette optique, La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), nombreuses ONG et des organismes onusiens actifs sur le continent mènent régulièrement des actions contre les violations des Droits de l’Homme. Est-ce là la panacée ? Assurément non. Bien que ces actions étrangères soient significatives (déjà que les pressions internationales charrient très souvent des enjeux néocolonialistes et stratégiques), c’est au continent lui-même de trouver des solutions à ses maux. Sur ce point, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le nouveau Président de la Commission Africaine Jean Ping doivent exercer des pressions sur les pouvoirs en place afin de limiter les dégâts des violations des libertés fondamentales. Il est vrai, des cadres juridiques et institutionnels sont prévus par nombreux Etats afin de garantir les Droits des Peuples. C’est dès lors un problème de volonté politique qui se pose, d’où l’urgence d’une véritable mise à jour des comportements de nos acteurs politiques envers les libertés fondamentales. C’est ici, pour reprendre Césaire (encore attristés par son décès le 17 avril 2008 !), « une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer » afin de redorer le blason du climat des Droits de l’Homme en Afrique.

à L’Union Africaine, indifférente ?

                                                                                                            PEFEDIEU D. G.- 05 mai