Le LMD au scanner

La communauté universitaire nationale s’est félicitée en cette rentrée académique 2007/2008 de l’entrée en vigueur du système LMD. Il s’agit en réalité d’un arrimage du Cameroun à la nouvelle donne universitaire mondiale d’obédience anglo-saxonne. S’il n’est pas question ici pour nous de nier l’efficacité du nouveau système, il y a lieu de se demander si les universités camerounaises étaient prêtes pour un tel changement. En d’autres termes, l’entrée en vigueur du système LMD dans les universités camerounaises, du moins en ce qui concerne les universités d’Etat, ne s’est-il pas effectué de façon précipitée et par conséquent prématurée ?

Au cours d’une impressionnante campagne médiatique qui a jalonné la présente rentrée académique, les principaux responsables du MINESUP et les recteurs d’universités se sont attelés à démontrer les bienfaits de l’application du système LMD dans les universités d’Etat. Ils étaient loin de se douter qu’ils vantaient là un système pour lequel ils n’étaient pas prêts. Je m’explique.

Au regard des difficultés qui gangrènent le fonctionnement de nos universités de nos jours, il y a lieu de penser qu’elles ne sont pas parées au lancement dudit système. En effet, le manque d’infrastructures et le manque de personnel qualifié sont les deux principales tares de nos universités. D’abord, le système LMD suppose le travail personnel de l’étudiant à hauteur de 70%. Comment un tel paramètre sera-t-il applicable dans un milieu universitaire réputé pour la pauvreté de ses bibliothèques et l’absence de véritables centres multimédias. A l’université de Dschang par exemple, la bibliothèque centrale compte à peine 50. 000 ouvrages et les journaux et magazines que l’on y retrouve datent d’octobre 2006. Une étude comparative m’a permis de constater que les bibliothèques centrales des universités du Canada comptent en moyenne 2. 000. 000 d’ouvrages. Cet écart infrastructurel donne déjà un aperçu de la qualité de la formation qui se fera ici et là, alors que, officiellement, tous disent appartenir au système tant claironné, le fameux LMD. On sera donc, malheureusement, amené à concevoir divers degrés de LMD, des LMD dits « du Nord » et des LMD dit « du Sud ». Ce problème d’infrastructure ne se limite bien évidemment pas au niveau des bibliothèques, puisqu’il se présente, avec autant de ténacité, dans nos laboratoires. Ensuite, l’instabilité caractéristique de nos universités d’Etat la prépare mal au LMD. En fait, il est rare de passer une année sans assister à une grève (des enseignants ou des étudiants), dont le mérite est de paralyser la vie académique de la nation. Tant qu’on n’a pas résolu les questions génitrices de celles-ci, il est illusoire de prétendre à une application effective du système LMD, son application efficace est tributaire d’une certaine stabilité des milieux universitaires. Inutile d’évoquer ici le manque de structures sanitaires ou l’insalubrité généralisée des salles de cours.

 La compétitivité des universités qu’implique la mondialisation met au cœur des préoccupations l’exigence de revoir à la hausse les allocations budgétaires accordées aux universités d’Etat et leur juste répartition. Pour une véritable entrée en vigueur du système LMD, il faut au préalable que les brèches infrastructurelles et professionnelles ci-dessus mentionnées soient colmatées. Les universités d’Etat camerounaises sont donc victimes d’une adoption brusque, voire fantaisiste du système LMD. Il s’agit en réalité d’un pur mimétisme, une copie mal conçue du système ayant cours dans les universités occidentales. Il est encore cependant temps de rectifier le tir, notamment en investissant doublement et rationnellement dans la construction des laboratoires, l’acquisition d’ouvrages et le recrutement d’enseignants qualifiés ayant des conditions de travail acceptables. Sinon, comme qui dirait, « continuons à former des chômeurs pour les sous-quartiers ».

                                                                  PEFEDIEU DOULIE Gaèl, 02 février 2008