Les APE ou l’autre figure du néocolonialisme !

 

A Lisbonne, en décembre dernier, s’est tenu le 2è sommet Afrique-Union Européenne dont l’enjeu principal était la signature d’accords de partenariat économique afin de renforcer leur coopération économique: les APE, entendons Accords de Partenariat Économique.

En quoi consistent ces APE ?

Les nouveaux accords de partenariat économique sont des contrats commerciaux mis sur pieds lors de l’Accord de Cotonou de Juin 2000, qui consacre la caducité de la Convention de Lomé de 1975. L’entrée en vigueur des APE signifierait, sommairement, l’annulation des frais de douane pour l’exportation des produits africains dans l’Union Européenne, à l’exception des produits sensibles pour les producteurs européens tels la banane, la viande et le sucre. Le revers de la médaille, c’est l’entrée tout aussi sans frais de douane des produits européens sur le sol africain. Bref, les APE, c’est la « libéralisation à outrance des échanges commerciaux », comme le relève si bien Ignacio Ramonet dans Le monde diplomatique ( no. 646, janvier 2008).

 Pourquoi dire non aux APE ?

 Comme nous l’avons souligné, les APE prévoient une libéralisation aveugle des échanges entre le continent noir et l’Europe des 27. La question qui taraude les esprits, c’est celle de savoir si les économies africaines, encore embryonnaires, sont prêtes pour la concurrence inéquitable qu’implique la signature de tels accords. Non, et cela se justifie par l’immense vague d’inquiétude qu’ils suscitent au Sud du Sahara. En effet, l’ouverture somnambulique de nos marchés à la concurrence incontrôlée des firmes européennes consacrera tout simplement l’immolation de nos économies sur l’autel du libre-échange.

 

La fragilité de nos structures économiques invite les États africains à ériger autour d’elles des barrières douanières susceptibles de les protéger contre l’assaut dévastateur des firmes multinationales. Or les APE s’inscrivent dans une logique d’extinction de nos entreprises. Ce que les 27 exigent des pays africains, c’est d’accepter le meurtre de leurs économies. L’UE craint sans doute l’influence grandissante de la Chine sur le continent, mais la stratégie qu’ils adoptent est à coup sûr dangereuse pour l’Afrique.

 Le président sénégalais a dénoncé ce forcing en refusant de signer ces traités en trompe-l’œil. Le président Mbéki d’Afrique du Sud l’a immédiatement soutenu, suivi du président namibien. Face à cet échec, M. Barroso, président de la Commission Européenne, a été contraint de céder aux revendications des pays africains en reportant de nouvelles négociations pour Février prochain.

 D’ici là, le peuple africain doit se mobiliser contre les APE, dont l’ombre plane toujours sur lui. Voilà pourquoi tout africain soucieux de la survie économique de son continent doit dire, à sa façon, non à un tel diktat. Car « l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de proposer pour nous » que dénonçait Senghor s’actualise et se revitalise dans ces traités, mettant en péril notre droit à la personnalité. Les APE, c’est le nouveau masque de la colonisation via la mondialisation.

 PEFEDIEU DOULIE Gaèl, 30 janvier 2008